L’USINE TOURNE TOUJOURS

Contrairement à d’autres usines, on continue de venir travailler, en tout cas pour ceux de l’Atelier car de nombreux collègues des bureaux ont pu se mettre en télétravail. Le directeur de site est même venu nous voir pour nous expliquer que si l’usine fermait maintenant, elle fermerait pour toujours.

On pense que notre cher directeur exagère un peu et nous met devant le fait accompli.

 

MAL MASQUÉ

Comme mesure de protection, on a eu du gel hydroalcoolique et quelques masques chirurgicaux chacun, mais à la fin de la semaine dernière ils étaient épuisés. Le réfectoire a été divisé en deux et des chaises enlevées pour marquer les distances de sécurité.

On note le geste.

Le bulletin Lutte Ouvrière et le virus

Les mesures sanitaires nécessaires à la lutte contre l’épidémie de coronavirus risquent de tous nous contraindre assez rapidement à un confinement généralisé. Si l’entreprise est mise partiellement ou totalement au chômage technique, nous allons être plus ou moins coupés les uns des autres.

Mais même dans ces conditions-là, on reste dans une société où les patrons sont les patrons, et les ouvriers, les ouvriers. Et nous tenons à préserver autant que faire se peut les intérêts des travailleurs, qui sont rarement les mêmes que ceux de leur patron, bien que le virus, lui, n’a pas pour habitude de faire de distinction entre les classes.

On a cherché un moyen de nous adapter à cette nouvelle situation pour maintenir cette feuille. Et nous avons décidé de mettre en place un site internet dédié à notre feuille virtuelle, dont voici l’adresse : lepetitchimiste.simplesite.com

Sur ce site, nous continuerons à poursuivre nos publications. Vous pourrez ainsi lire la feuille à distance. Et comme nous serons nous aussi confinés, pour nous informer, vous pouvez le faire en écrivant à l’adresse suivante : le-bulletin@gmx.com

Ne nous laissons pas abattre par le virus !

Le débrayage du mardi 17 mars à Amazon Sevrey

Depuis 8h du matin, nous avions appris qu’une ouvrière de l’entrepôt avait été déclarée positive au test du covid-19. Tout le monde se faisait passer le mot, certains en montrant sur leur téléphone l’article du JSL qui racontait le fait, d’autres en prévenant les autres autour de lui. On se demandait qui c’était, quand est-ce qu’on avait pu la croiser ? Et surtout : pourquoi est-ce-que ça n’a pas été discuté au brief de 5h40 avec les managers ?

Certains disaient « on peut crever pour Amazon, ils s’en foutent » ; « ce qui compte c’est leur argent, en ce moment les commandes de vente en ligne décollent ». D’autres voulaient que l’entrepôt ferme immédiatement. Ce qu’on ressentait surtout, c’était l’injustice de devoir continuer à travailler dans un nid à microbes comme ici, malgré toutes les procédures mises en place pour protéger les autres, à l’échelle du pays.

Et surtout, le matériel dans l’entrepôt est largement insuffisant : pas de masque, pas de gants, pas de gel hydroalcoolique sur notre poste. Tout ce qu’il y avait c’était surtout des scotchs posés au sol, dans chaque cellule, dans les salles de pause, pour garder une distance d’un mètre entre nous.

 

A 10h, des syndiqués de la CGT ont commencé à faire le tour des cellules, en appelant à débrayer jusqu’à la fin de poste de 12h50 sur le parking du site, pour demander les 15 jours de confinement pour toutes les équipes. Ils ont été suivis par environ 70 travailleurs, dont une dizaine d’intérimaires. Tout le monde est allé débadger et s’est rendu sur le parking.

Tout le monde discutait par groupes les uns avec les autres, y compris avec des collègues qu’ils n’avaient encore jamais croisés. Plusieurs avaient de la famille ou des amis dans d’autres entreprises du coin qui ont fermé leurs portes, comme Euromaster, B2S, etc… Certains habitués d’autres grèves disaient qu’il n’y avait jamais eu autant de monde qui était sorti ensemble.

Le directeur est descendu nous voir pour dire qu’ils avaient tout mis en place pour l’hygiène, renforcé les contrôles sanitaires. Il s’est fait interpeller par une ouvrière, qui lui a proposé de venir travailler avec nous dans des locaux sans matériel et de voir ce que ça fait. Il a fini par dire « c’est votre droit de débrayer » et est parti téléphoner.

 

Des syndiqués avaient contacté des équipes de l’après-midi pour qu’elles débrayent derrière nous dès leur début de poste, et ça discutait de reprendre le lendemain si aucune mesure n’avait été prise. Deux sont montés dans les bureaux de la direction, et sont redescendus en disant qu’on devait attendre des nouvelles, et qu’une deuxième réunion se ferait dans l’après-midi.

Petit à petit tout le monde s’est séparé, en se disant qu’on restait en contact et qu’on attendait de voir demain, et que si besoin on n’hésiterait pas à recommencer.